HyperpolyglotHyperpolyglot
← Retour au blog

L'alphabet japonais : il y en a trois, et voici lequel apprendre

Le japonais n'a pas un alphabet. Il en a trois, utilisés en même temps, dans la même phrase. Et aucun des trois n'est vraiment un alphabet.

C'est le fait le plus déroutant de la langue, et personne ne l'explique clairement au débutant. Voici la réponse courte :

  • ひらがな (hiragana) : 46 signes, pour les mots japonais et la grammaire. C'est par là qu'on commence.
  • カタカナ (katakana) : 46 signes, mêmes sons, pour les mots étrangers.
  • 漢字 (kanji) : ~2 000 caractères chinois, qui portent le sens.

Une phrase japonaise normale mélange les trois. Ce guide t'explique à quoi sert chacun, dans quel ordre les apprendre, et combien de temps ça prend vraiment.

Les trois systèmes en une phrase

Prends cette phrase toute simple : 私はコーヒーを飲みます (watashi wa kōhī o nomimasu), « je bois du café ».

Prêt·e à devenir polyglotte ?

Commence à apprendre 55 langues par immersion audio.

App StoreGoogle PlayOuvrir l'application web
  • et sont des kanji : ils portent le sens (moi, boire).
  • コーヒー est en katakana : c'est kōhī, emprunté à « coffee ».
  • , , みます sont en hiragana : ce sont les particules grammaticales et les terminaisons.

Voilà toute la logique : kanji pour les racines de sens, hiragana pour la colle grammaticale, katakana pour l'étranger. Une fois que tu vois ça, un texte japonais cesse d'être un mur.

Hiragana : commence ici

Les hiragana sont 46 signes de base, et chacun représente une syllabe, pas une lettre. C'est pour ça que « alphabet » est un abus de langage : on parle d'un syllabaire. Il n'y a pas de signe pour « k » tout seul, il y a か (ka), き (ki), く (ku), け (ke), こ (ko).

Le système est d'une régularité magnifique : cinq voyelles, et chaque consonne se combine avec elles.

a i u e o
(voyelle seule)
k
s
t
n
h
m
y
r
w
n

Remarque les trous : yi, ye, wi, wu, we n'existent pas. Et est la seule consonne seule de la langue.

Trois irrégularités à connaître tout de suite : se dit shi (pas si), se dit chi (pas ti), se dit tsu (pas tu). Ce sont les trois seules.

Combien de temps ? Une à deux semaines pour les lire couramment. Certains y arrivent en un week-end. C'est le meilleur investissement de toute ta vie de japonisant.

Katakana : les mêmes sons, pour l'étranger

Les katakana couvrent exactement les mêmes 46 sons, avec des formes différentes : あ devient ア, か devient カ. Pourquoi deux systèmes pour les mêmes sons ? Par usage :

  • Mots étrangers : コーヒー (café), パン (pain, du portugais pão), フランス (France), パリ (Paris).
  • Noms étrangers : ton prénom s'écrira en katakana.
  • Onomatopées : et le japonais en est saturé.
  • Emphase, un peu comme nos italiques.

Le piège : les mots empruntés sont déformés par la phonétique japonaise, qui n'accepte quasiment pas de consonnes isolées. McDonald's devient マクドナルド (makudonarudo). Bière devient ビール (bīru). Il faut vraiment apprendre à les décoder.

Bonne nouvelle pour les francophones : beaucoup de katakana viennent du français. パン (pain), クロワッサン (croissant), アトリエ (atelier), ランデブー (rendez-vous). Tu en connais déjà.

Combien de temps ? Une à deux semaines de plus. Beaucoup les trouvent plus durs que les hiragana, parce qu'ils sont anguleux et se ressemblent (シ/ツ et ン/ソ sont le cauchemar classique).

Kanji : la vraie montagne

Les kanji sont des caractères chinois adoptés vers le Ve siècle. Ils portent le sens, pas le son.

Combien ? Le gouvernement japonais liste 2 136 kanji « d'usage courant » (jōyō kanji), enseignés jusqu'au lycée. C'est le seuil de l'alphabétisation. Les dictionnaires en contiennent 50 000, mais c'est comme les mots du Littré que personne n'utilise.

La vraie difficulté n'est pas le nombre, ce sont les lectures. Chaque kanji a en général au moins deux prononciations :

  • La lecture on (chinoise), utilisée dans les mots composés.
  • La lecture kun (japonaise), utilisée quand le kanji est seul.

Exemple : peut se lire sei, shō, ki, nama, i(kiru), u(mareru), ha(eru)... Ce kanji-là est un cas extrême célèbre, mais le principe est général. Le même caractère, plusieurs sons selon le contexte.

C'est là que le japonais devient un travail de longue haleine. Compte 1 à 2 ans pour les 2 136, à un rythme sérieux.

Bonne nouvelle : les kanji ne sont pas des dessins arbitraires. La plupart sont des composés : un élément donne le sens, l'autre le son.

  • (mei, clair) = 日 soleil + 月 lune.
  • (kyū, repos) = 人 personne + 木 arbre. Quelqu'un adossé à un arbre.
  • (mori, forêt) = trois 木 arbres.

Les briques s'appellent des radicaux, il y en a 214, et en apprendre 50 transforme le bruit en système.

Prononciation : ce que le romaji cache

Le romaji (l'écriture du japonais en lettres latines) est une béquille, et une béquille dangereuse.

Il te fait lire avec des réflexes français. Konnichiwa écrit comme ça, tu vas dire « ko-ni-chi-oua » en avalant le double n et en accentuant la fin. Or le japonais tient vraiment le n et n'a pas d'accent d'intensité.

Le japonais a un accent de hauteur, pas d'intensité. Le français appuie plus fort sur la dernière syllabe d'un groupe. Le japonais monte et descend en hauteur, et le romaji n'écrit jamais cette mélodie. Résultat : tu peux lire parfaitement et sonner complètement étranger.

Les voyelles longues sont des mots différents. Obasan (tante) contre obāsan (grand-mère). Ojisan (oncle) contre ojīsan (grand-père). Le romaji met parfois un macron, souvent rien du tout.

C'est exactement là que les guides écrits s'arrêtent. Le romaji peut écrire konnichiwa, mais il ne peut pas mettre la mélodie dans ta bouche ni la tenue du double n dans ton oreille. Le seul remède : entendre un natif dire le mot entier, puis le redire à voix haute, plusieurs fois, jusqu'à ce que ta bouche cède. Cette boucle écoute-répétition s'appelle le shadowing, et c'est le moyen le plus rapide de transformer un mot que tu reconnais en un mot que tu peux produire. C'est comme ça que l'app Hyperpolyglot traite chaque phrase : des phrases réelles, de l'audio natif, en boucle jusqu'à ce que ça sorte tout seul. Disponible sur iOS, Android et Web.

Les furigana : la roue de secours

Tu verras parfois de minuscules hiragana au-dessus des kanji. Ce sont les furigana, et ils donnent la lecture.

On les trouve dans les mangas pour jeunes, les livres pour enfants, et à côté des kanji rares dans les journaux. C'est officiellement une aide pour les enfants, et officieusement la meilleure béquille du monde pour un apprenant : tu lis du vrai japonais tout en apprenant les lectures.

Beaucoup d'outils permettent de les activer ou de les masquer, ce qui te laisse tester ta mémoire avant de vérifier.

Dans quel ordre apprendre

L'ordre n'est pas discutable, il est imposé par la langue :

  1. Hiragana (1 à 2 semaines). Sans eux, tu ne peux lire aucune grammaire.
  2. Katakana (1 à 2 semaines). Ils débloquent les menus, les enseignes, tous les emprunts.
  3. Kanji, progressivement (1 à 2 ans), dans les mots où ils apparaissent, jamais isolés sur une fiche.
  4. Abandonne le romaji dès que les kana sont acquis. Chaque jour de plus avec lui est un jour d'accent supplémentaire à désapprendre.

Ce point 4 est le conseil le plus important de cette page, et le plus ignoré.

Les erreurs à éviter

  1. Chercher « l'alphabet japonais ». Il y en a trois, et aucun n'est un alphabet.
  2. Rester au romaji. Il installe une prononciation française et retarde tout.
  3. Apprendre les kanji isolés sur des flashcards. Apprends-les dans des mots.
  4. Croire qu'il faut 50 000 kanji. Il en faut 2 136 pour lire le journal. 1 000 t'emmènent déjà loin.
  5. Confondre シ/ツ et ン/ソ. Regarde le sens des traits, pas la forme globale.
  6. Ignorer les longueurs de voyelles. Obasan et obāsan ne sont pas la même personne.
  7. Prononcer は comme ha quand c'est une particule. Là, ça se dit wa.

Bonus : le hiragana a été inventé par des femmes

Un détail historique méconnu : au IXe siècle, les hommes de la cour japonaise écrivaient en chinois classique, considéré comme la seule écriture sérieuse. Les femmes en étaient largement exclues.

Elles ont donc développé une écriture cursive simplifiée à partir des kanji : le hiragana, longtemps appelé onnade, « la main des femmes », et méprisé comme écriture mineure.

C'est dans cette écriture-là que Murasaki Shikibu a écrit Le Dit du Genji vers l'an 1000, considéré comme le premier roman de l'histoire mondiale. L'écriture « mineure » a produit le chef-d'œuvre fondateur de la littérature japonaise, et elle est aujourd'hui la première chose qu'apprend chaque enfant du pays.

Apprends les hiragana ce week-end, les katakana le suivant, et attaque les kanji dans des phrases réelles avec de l'audio natif. En un mois tu liras des choses, et en un an tu liras vraiment.

À lire ensuite