Bonjour en japonais : konnichiwa et ce que les Japonais disent vraiment
Bonjour en japonais se dit こんにちは (konnichiwa), prononcé kon-ni-tchi-wa. C'est la réponse que donne tous les manuels, et elle est correcte. Elle est aussi trompeuse sur deux points que personne ne t'explique.
Un : ce n'est pas un bonjour permanent.Konnichiwa couvre la journée, grosso modo de 11h à 17h. Le dire à 8h du matin est une faute nette : c'est ohayō gozaimasu.
Deux : les Japonais l'emploient peu entre proches. Avec un ami, un frère, un collègue quotidien, konnichiwa sonne curieusement distant, un peu comme si tu disais « bonjour à vous » à ton colocataire. C'est une salutation de politesse, pas d'intimité.
Ce guide couvre ce que les Japonais disent vraiment, à quelle heure, et à qui.
Les salutations japonaises essentielles
Japonais
Romaji
Quand l'utiliser
おはようございます
ohayō gozaimasu
Bonjour, le matin, poli
おはよう
ohayō
Version familière, entre proches
こんにちは
konnichiwa
Bonjour, la journée, ~11h-17h
こんばんは
konbanwa
Bonsoir, à partir du crépuscule
おやすみなさい
oyasuminasai
Bonne nuit, pour aller dormir
はじめまして
hajimemashite
Enchanté, première rencontre uniquement
お疲れ様です
otsukaresama desu
Le « bonjour » du travail, intraduisible
もしもし
moshi moshi
Allô, téléphone uniquement
ただいま
tadaima
« Je suis rentré », en franchissant sa porte
おかえりなさい
okaerinasai
« Bienvenue à la maison », la réponse
いらっしゃいませ
irasshaimase
« Bienvenue », dit par les commerçants
お久しぶりです
ohisashiburi desu
Ça fait longtemps !
やあ
yā
« Salut », très familier, plutôt masculin
Les salutations que les étrangers n'apprennent jamais
C'est ici que se trouve la vraie valeur de cet article, parce que ces trois-là, tu les entendras cent fois par jour au Japon et ils ne sont dans aucun manuel de débutant.
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お疲れ様です (otsukaresama desu) est probablement la phrase la plus utilisée du Japon professionnel. Littéralement « vous êtes honorablement fatigué ». C'est un bonjour, un au revoir, un merci, un « bon courage » et un « bien joué », selon le contexte. Tu croises un collègue dans le couloir : otsukaresama desu. Tu quittes le bureau : otsukaresama deshita. Aucun équivalent français. Si tu ne retiens qu'une chose de cet article, prends celle-là.
いらっしゃいませ (irasshaimase) est crié par tout le personnel quand tu entres dans un magasin, un restaurant, une supérette. Le piège : tu ne dois pas répondre. Ce n'est pas une question, c'est un rituel d'accueil. Un léger hochement de tête suffit. Les étrangers répondent konnichiwa, ce qui n'est pas grave mais trahit immédiatement.
ただいま / おかえりなさい est le duo de la maison. Celui qui rentre annonce tadaima (« je suis rentré »), celui qui est là répond okaerinasai (« bienvenue à la maison »). C'est automatique, dit même dans un appartement vide par habitude, et c'est l'un des rituels les plus attachants de la langue.
Le matin : ohayō ou ohayō gozaimasu ?
L'échelle de politesse japonaise se voit à nu ici :
おはよう (ohayō) : familier. Amis, famille, quelqu'un de plus jeune.
Le gozaimasu ajouté est un marqueur de politesse pur, sans contenu propre. Règle de sûreté : en cas de doute, ajoute gozaimasu. Personne n'a jamais été vexé par un excès de politesse.
Curiosité qui surprend : dans le monde du spectacle, de la télé et de la restauration, ohayō gozaimasu se dit à n'importe quelle heure, y compris à 22h, en arrivant au travail. C'est le « bonjour d'arrivée », pas le « bonjour du matin ».
Prononciation : ce que le romaji cache
Trois détails font l'essentiel du travail.
Le は de こんにちは se lit wa, pas ha. C'est le vestige d'une ancienne particule grammaticale : konnichiwa était à l'origine le début d'une phrase (« quant à ce jour... »). Écrit こんにちは, prononcé konnichiwa. Même chose pour konbanwa.
Le double N de こんにちは se tient.Kon-nichiwa, avec une vraie tenue sur le n. Les francophones disent koni-tchiwa en avalant, et ça s'entend.
Le japonais a un accent de hauteur, pas d'intensité. Le français accentue en appuyant plus fort ; le japonais monte et descend en hauteur. Le romaji n'écrit jamais cette mélodie, ce qui fait qu'on peut lire parfaitement ohayō gozaimasu et le dire de façon nettement étrangère. Et le ō long de ohayō est une vraie longueur : ohayo court n'est pas le même mot.
C'est exactement là que les guides écrits s'arrêtent. Le romaji peut écrire konnichiwa, mais il ne peut pas mettre la mélodie dans ta bouche ni la tenue du double n dans ton oreille. Le seul remède : entendre un natif dire la phrase entière, puis la redire à voix haute, plusieurs fois, jusqu'à ce que ta bouche cède. Cette boucle écoute-répétition s'appelle le shadowing, et c'est le moyen le plus rapide de transformer une phrase que tu reconnais en une phrase que tu peux produire sous pression. C'est comme ça que l'app Hyperpolyglot traite chaque phrase : des phrases réelles, de l'audio natif, en boucle jusqu'à ce que ça sorte tout seul. Disponible sur iOS, Android et Web.
Faut-il s'incliner ?
Oui, et c'est plus simple qu'on ne le croit. L'inclinaison (お辞儀, ojigi) accompagne la salutation, elle ne la remplace pas.
15° : un salut léger, quotidien, pour un collègue ou un commerçant.
30° : poli, pour un client ou quelqu'un de plus âgé.
45° : excuses sincères ou grand respect. Rare.
Pour un étranger, un hochement de tête à 15° couvre 95 % des situations. Deux règles : on ne s'incline pas au téléphone (bien que tous les Japonais le fassent quand même, réflexe pur), et on ne serre pas la main en même temps, même si les Japonais habitués aux étrangers tendront parfois la leur.
Les erreurs à éviter
Dire konnichiwa à 8h. C'est ohayō gozaimasu. La faute la plus courante.
Dire konnichiwa à un ami proche. Ça sonne distant. Entre proches, ohayō ou rien.
Dire moshi moshi en face de quelqu'un. C'est exclusivement le mot du téléphone. Et petite légende : on dit qu'il se répète parce que les renards, dans le folklore, ne peuvent pas prononcer deux fois de suite.
Répondre à irasshaimase. C'est un rituel de commerce, pas une question.
Dire hajimemashite à quelqu'un que tu connais. C'est strictement pour une première rencontre.
Croire que sayōnara est l'au revoir normal. Voir ci-dessous, c'est bien plus lourd que ça.
Prononcer le は de konnichiwa comme ha. C'est wa.
Bonus : dire au revoir en japonais
さようなら (sayōnara) : le piège du manuel. C'est un adieu long, parfois définitif. Un Japonais ne le dit pas à un collègue le soir. Réserve-le à un vrai départ, ou à quelqu'un que tu ne reverras pas de longtemps.
じゃあね (jā ne) : « à plus », familier, ce que tu diras vraiment entre amis.
また明日 (mata ashita) : à demain.
お疲れ様でした (otsukaresama deshita) : l'au revoir du bureau, au passé.
失礼します (shitsurei shimasu) : « je commets une impolitesse », ce qu'on dit en quittant une pièce ou en raccrochant, très poli.
おやすみなさい (oyasuminasai) : bonne nuit, seulement pour aller dormir.
Apprends ohayō gozaimasu, konnichiwa, konbanwa et surtout otsukaresama desu. Travaille-les avec de l'audio réel jusqu'à ce qu'ils deviennent des réflexes plutôt que des traductions, et tu passeras déjà pour quelqu'un qui a fait l'effort de comprendre le pays, pas seulement la langue.
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