Apprendre le coréen : le guide honnête pour commencer
La plupart des gens arrivent au coréen par la K-pop, les dramas ou un voyage à Séoul. C'est une bonne porte d'entrée : la motivation par l'affection tient plus longtemps que la motivation par l'obligation.
Et il y a une nouvelle qui devrait te rassurer tout de suite : l'écriture coréenne est la plus facile du monde. Une heure. Vraiment.
Ce qui est dur est ailleurs, et personne ne te le dit clairement. Voilà la version honnête.
Le cadeau : le hangeul en une heure
Presque toutes les écritures du monde sont des accidents historiques. Le hangeul est la grande exception : il a été inventé en 1443 par une personne, le roi Sejong, avec un objectif explicite : une écriture qu'un paysan puisse apprendre en une matinée.
Apprends le coréen avec de l'audio natif
Tes propres phrases, lues par des voix natives, avec de la répétition espacée. Gratuit pour commencer.
Ça a marché. Le hangeul est considéré comme l'écriture la plus logique jamais conçue.
La forme des consonnes imite ce que fait la bouche. Un trait de plus veut dire plus d'air. Tu n'apprends pas 40 signes : tu apprends une douzaine de formes de base et deux règles. Pour commencer à lire et à parler avec des exemples concrets, retrouve les premières salutations en coréen.
N'apprends jamais sur translittération. Elle te fait gagner une heure et te coûte un an de mauvais accent.
Ce qui est vraiment dur
Trois choses, et aucune n'est l'écriture.
1. La grammaire est à l'envers
Le verbe est toujours à la fin, et tout se suspend devant. En pratique, ça veut dire que tu ne sais qu'à la dernière syllabe si la phrase est positive, négative, passée ou même une question.
Ton oreille doit apprendre à attendre. C'est un réflexe à construire, et il ne se construit pas en lisant.
2. Les niveaux de politesse
Le coréen a plusieurs registres, et le choix est la relation. Ce n'est pas décoratif.
Pour un francophone, il y a un point d'appui : on connaît le vouvoiement. Un anglophone doit comprendre le concept ; toi, tu n'as que les formes à apprendre.
Mais attention, c'est plus profond que chez nous : la hiérarchie par âge organise toute la conversation. On te demandera ton âge tôt, et ce n'est pas de la curiosité, c'est pour savoir comment te parler.
La règle pour débuter : apprends la forme polie (요) et restes-y. Trop poli en Corée n'est jamais un problème. Trop familier, si.
3. Le vocabulaire est entièrement neuf
Voilà le vrai coût, et il est rarement dit. Le coréen n'est pas indo-européen. Tu ne reconnais rien : pas de restaurant, pas de musique, aucune racine latine sur laquelle t'appuyer.
Chaque mot est neuf. C'est le prix.
Une consolation : les emprunts à l'anglais sont partout et s'écrivent en hangeul. 커피 (keopi, café), 택시 (taeksi, taxi), 호텔 (hotel). Une fois que tu lis, tu en attrapes beaucoup gratuitement.
Ce qui est plus facile qu'on ne dit
Pas de genre. Pas d'articles. Pas de pluriel obligatoire. Pas d'accord. Après le français et ses accords en genre et en nombre, c'est un soulagement.
Les verbes sont réguliers. Il y a des irrégularités, mais rien qui ressemble au chaos français.
Et surtout : la prononciation ne demande presque rien de nouveau. Aucun ton comme en chinois. Une seule voyelle vraiment difficile.
Les pièges de prononciation pour un francophone
Le ㅓ n'est pas un o. C'est le son de annyeong, et les francophones le disent systématiquement comme un « o ». Il est plus ouvert et plus en arrière.
Le ㅡ n'existe pas en français. Un ou avec les lèvres étirées, presque un grognement. Il faut l'entendre.
Et surtout : pas de nasales. C'est le réflexe français le plus tenace. Le coréen n'a aucune voyelle nasale. Le an- d'annyeong se dit a + n, deux sons séparés, pas notre « an » de « banc ». Si tu nasalises, tu es identifié comme francophone en une syllabe.
Le piège que l'écriture cache : savoir lire n'est pas savoir prononcer. Le coréen a des transformations de sons aux frontières de syllabes que les signes ne montrent pas. 감사합니다 se prononce gamsahamnida, pas gamsahapnida : le ㅂ devient un m devant le ㄴ. Ça ne se déduit d'aucune orthographe.
Le piège des dramas
Honnêtement : les dramas sont une excellente raison de commencer et un mauvais outil.
D'abord, le registre y est souvent très informel ou théâtral. Le répéter à un collègue coréen sonne au mieux étrange.
Ensuite, regarder n'est pas apprendre. Lire des sous-titres entraîne à lire des sous-titres. Ton oreille s'habitue au son, ce qui vaut quelque chose. Ta bouche n'apprend rien.
Utilise-les comme motivation et comme entraînement d'oreille. Pas comme cours.
Le plan
Une heure pour le hangeul. Tout de suite, pas plus tard. Ensuite va lire des panneaux, des menus, des noms de groupes.
Dès le jour un : écouter et répéter à voix haute, juste derrière. C'est le shadowing, et c'est la seule réponse aux transformations de sons et au ㅓ.
Semaines 2-8 : trente phrases à toi. Ton métier, ta raison d'être là, ta commande. Pas celles du manuel. Ce sont tes îles linguistiques.
À partir de la semaine 9 : la vitesse. Une phrase, un élément qui varie, à voix haute et vite. Fais varier les phrases de tes îles linguistiques pour entraîner la structure verbe-à-la-fin jusqu'à ce qu'elle devienne un réflexe.
Parle dès la semaine une. Tu n'as besoin de rien d'autre que du hangeul.
Tes premières phrases
Coréen
Translittération
Français
안녕하세요
annyeonghaseyo
Bonjour
감사합니다
gamsahamnida
Merci
죄송합니다
joesonghamnida
Désolé
저기요
jeogiyo
Excusez-moi (pour héler)
모르겠어요
moreugesseoyo
Je ne comprends pas
얼마예요?
eolmayeyo
Combien ça coûte ?
천천히 말해 주세요
cheoncheonhi malhae juseyo
Parlez lentement s'il vous plaît
한국어를 공부하고 있어요
hangugeoreul gongbuhago isseoyo
J'apprends le coréen
저기요 est ce avec quoi tu appelles le serveur au restaurant. Parfaitement normal, pas impoli.
C'est exactement ce que fait l'app Hyperpolyglot : tu écris les phrases dont ta vie a besoin, elles reviennent avec la voix d'un natif, donc avec les transformations de sons intégrées, et tu les répètes en boucle jusqu'à ce qu'elles sortent sans réfléchir. Disponible sur iOS, Android et sur le Web.
Les erreurs à éviter
Apprendre sur translittération. Le hangeul coûte une heure et la translittération ment.
Nasaliser. Le coréen n'a aucune voyelle nasale. Réflexe français numéro un.
Dire le ㅓ comme un o. L'accent étranger le plus audible en coréen.
Croire que lire, c'est prononcer. Les transformations ne sont pas dans les signes.
Utiliser les dramas comme cours. Bonne motivation, mauvais modèle de langue.
Sauter la forme polie. Trop familier en Corée est une vraie faute.
Compter sur ton vocabulaire. Le coréen n'est pas indo-européen. Chaque mot est neuf.
Attendre de savoir lire pour parler. Le hangeul est une heure. Commence à parler après.
À lire ensuite
Bonjour en coréen -- les premières phrases et les niveaux de politesse